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Voyage au Japon, pays du soleil levant

Quand Un Couple Ne Partage Pas La Même Langue Maternelle

14 Commentaires

Il y a de nombreux aspects de la relation de couple multiculturelle que j’aimerais aborder, et il faut bien commencer par quelque part. Lorsque quelqu’un apprend que mon amoureux est Japonais, les questions « Parles-tu japonais? Parle-t-il anglais et/ou français? » se placent je dirais dans le Top 5 des questions les plus posées. Je crois donc que c’est important de commencer par cet aspect de la relation mixte, quand les deux partenaires n’ont pas la même langue maternelle. 

Cet article s’adresse en grande partie à d’autres personnes qui sont dans la même situation que celle de mon amoureux et moi, et qui pourraient (hypothétiquement) me lire. Mais ça s’adresse aussi à tout ceux qui sont curieux de savoir comment ce type de relation « fonctionne » au niveau communicatif (c’est rien de bien sorcier à vrai dire!).

Selon moi, la communication, comme dans n’importe quel couple, est l’un des éléments les plus importants pour avoir une relation saine. Mais alors, comment faire si on ne parle pas la langue de l’autre?

Bien sûr, il est inutile de préciser qu’apprendre la langue maternelle de son amoureux/amoureuse est un atout. Mais apprendre une langue, ce n’est pas aussi simple que cela. Ça prend du temps, c’est embarrassant, et c’est pratiquement impossible si vous n’avez aucun intérêt envers ladite langue (mais je crois que si vous aimez quelqu’un qui parle cette langue, vous avez probablement un intérêt envers celle-ci). Donc tant qu’on ne parle pas couramment la langue maternelle de son partenaire, est-ce que c’est vraiment possible d’avoir une relation? Selon mon expérience, la réponse est oui.

Le langage corporel

Je n’avais jamais compris à quel point le body language est un élément indispensable dans notre communication avec les autres avant mon voyage au Japon. C’est là que je me suis aperçue que la communication ne passe pas seulement par la langue, mais aussi par les attitudes, les mouvements. C’est imperceptible, quelque chose qu’on ne contrôle pas de manière consciente, mais notre cerveau décrypte ces mouvements, et c’est comme ça qu’on ressent si on apprécie quelqu’un ou pas, avant même de lui avoir adressé la parole. C’est aussi en partie ça qui fait qu’on est attiré par une certaine personne plus que par une autre. Ce que j’essaie de dire, c’est que la langue n’équivaut pas à 100% de la communication. C’est un élément important, mais ce n’est pas tout.

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On aime bien prendre des photos étranges!

Au départ, ce sont ses mouvements, ses attitudes qui m’ont permis de naturellement apprécier mon copain. Alors même avec son anglais désarticulé et mon japonais pauvre, on arrivait à avoir des conversations basiques que n’importe qui peut avoir avec quelqu’un qu’on vient juste de rencontrer.

Se rejoindre dans une autre langue plus simple (par exemple, l’anglais)

En attendant de devenir super badass dans la langue maternelle de votre partenaire (haha), il est je crois indispensable d’être capable de parler une autre langue en commun, une qui n’est pas trop compliquée à apprendre et dans laquelle les deux personnes ont déjà une base avant de se rencontrer.

Mon copain avait, comme on a au Canada, eu quelques années de cours d’anglais. Mais une fois l’école terminée, il n’a jamais eu réellement à s’en servir. Il a donc presque tout oublié. Mais ce n’est pas un oubli définitif. C’est juste endormi quelque part dans un coin de notre cervelle. À force d’être en contact avec cette langue « perdue », on finit par réapprendre beaucoup plus vite que la première fois, naturellement.

Quand je suis allée au Japon pour la première fois, je savais seulement quelques petits mots en japonais et je savais lire deux syllabaires sur trois (voir l’article Barrière linguistique). De son côté, mon copain parlait un niveau d’anglais à peine plus élevé que mon niveau de japonais. Pour en rajouter à cela, il avait un énorme accent.

En fait, honnêtement, je me demande comment on a fait les premiers temps pour se comprendre. Je dois tout de même avouer que le fait que mon anglais soit – sans me vanter – d’un niveau assez élevé, ça m’a vraiment rendu service. Sans l’anglais, ç’aurait été franchement difficile de communiquer avec lui.

Mais le plus spécial, c’est quand on développe un espèce de dialecte avec son partenaire, et que les gens à l’extérieur n’y comprennent pas grand-chose. Ça vient plus loin dans la relation (passé les premiers mois), mais je trouve ça génial. En fait, pas mal tous les couples connaissent ce phénomène. Certains appellent ça les inside. On dit un seul mot, ou parfois un geste, et l’autre personne comprend.

Petite anecdote : mon copain et moi avons rencontrés un Anglais pendant mes quelques jours pour le Nouvel An au Japon. Par après, cet homme m’a dit que c’était la première fois qu’il rencontrait un homme asiatique en couple avec une femme caucasienne, et qui plus est ne parlant pas la même langue. Il m’a dit qu’il trouvait ça complètement dingue qu’on se comprenne bien en seulement quelques échanges de mots. En tant que personne extérieure, c’est ce qui lui avait sauté aux yeux : la complicité entre mon amoureux et moi. Je n’y avait jamais pensé avant ce moment-là. Ça en revient un peu à ce que je disais plus tôt sur le langage corporel. Je ne sais pas quelle conclusion je peux en tirer ; est-ce que je suis tombé sur un homme très compatible avec moi, ou alors on accorde tout simplement trop d’importance à la langue et la parole dans nos relations d’aujourd’hui (alors qu’en fait ce n’est pas aussi nécessaire qu’on ne le pense)?

La technologie moderne

Après quelques jours de conversations en personne avec mon copain, nous nous sommes ajoutés sur Facebook. C’est là que l’histoire commence. Grâce aux technologies d’aujourd’hui, ça facilite beaucoup les choses. Bien que des outils comme « Google Translate » ne soit pas exactement parfait (les traductions sont parfois franchement nulles), c’est pratique pour dépanner. Par messages Facebook, mon copain avait beaucoup plus de temps pour réfléchir et chercher ses mots qu’en personne. Et puis au même moment, je devais quitter la ville où nous nous sommes rencontrés pour aller à Kyoto selon mon itinéraire. Nous avons donc naturellement continué de communiquer par messages.

Chaque fois qu’il faisait des erreurs, je le corrigeais. Et comme je suis une grande bavarde, son niveau d’anglais est monté en flèche. En seulement 10 mois, il est devenu de loin meilleur en anglais que moi en japonais, même si je continue d’étudier tous les jours. Il fait toujours des erreurs et ne comprend pas tout quand je me met à parler rapidement (via Skype), mais en général la communication au niveau de la langue n’est pas un problème. Maintenant qu’il n’est pas mal en anglais, c’est à mon tour de tenter de m’améliorer rapidement en japonais. Depuis quelques semaines, il ne me parle plus qu’en japonais. Et de mon côté, c’est une journée sur deux : une journée je peux parler anglais, le lendemain je dois parler seulement en japonais. Pas le droit de tricher. C’est tellement difficile, mais ça en vaut la peine.

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Les joies de Skype!

Pourquoi apprendre la langue maternelle de son partenaire?

Certains ne comprendront peut-être pas l’intérêt d’apprendre la langue maternelle de son copain/sa copine quand vous pouvez déjà vous rejoindre dans une autre langue. Pour ma part, j’adore apprendre sa langue, car à chaque jours qui passent je comprend un peu plus d’où il vient, sa culture, son sens de l’humour. C’est comme si je le redécouvrais chaque fois que je m’améliore. Qu’on le veuille ou non, il est normal que l’on développe ce que j’appelle des « personnalités parallèles » quand on parle plusieurs langues. Je n’ai pas exactement la même attitude ni le même sens de l’humour tout dépendant si je parle français, anglais ou japonais. Je crois que ça a à voir avec la façon dont la langue est construite, et la capacité de chacun à s’adapter, voir même se fondre à une nouvelle culture.

Je ne veux donc pas me contenter de « connaître » mon amoureux en anglais, je veux aussi le « connaître » en japonais. C’est pareil de son côté : lorsqu’il sera rendu à un niveau satisfaisant en anglais, il aimerait beaucoup apprendre le français-québécois, ne serait-ce que pour comprendre comment je « suis » en français, et aussi pour pouvoir participer au discussion avec ma famille. Je lui ai moi-même conseillé d’apprendre l’anglais en premier, car soyons franc, c’est une langue beaucoup plus utile dans le monde, ne serait-ce que s’il désire voyager. De plus, il en avait déjà une base qu’il avait appris à l’école. Mais il ne sera jamais trop tard s’il a envie d’apprendre le français aussi.

Mais… il y a un mais!

Bien sûr, ce serait mentir de dire que tout est parfait au niveau communication quand on ne parle pas la même langue. Il y a des jours plus difficile où la frustration monte quand je (ou il) n’arrive pas à comprendre une partie de la conversation… C’est rare, mais ça arrive. Durant ces moments, je lui dis « Ok, je vais te l’écrire plus tard/Écris-moi à propos de ça tantôt » avant que la tension ne monte. C’est pas qu’on est irrité par l’autre, c’est plutôt qu’on est irrité par notre propre incapacité à parler la langue de l’autre à ce moment-là. Il y a aussi une certaine pression qui nous pèse : si l’on veut vivre ensemble (Canada ou Japon, rien n’est décidé pour l’instant), il faudra parler couramment la langue selon le pays choisi. De plus, ses parents et la plupart de ses amis ne parlent pas anglais, donc si je veux pouvoir communiquer avec eux facilement, il faudra que j’aie un niveau plus élevé qu’en ce moment. Mais bon, on fait ça petit à petit. Depuis le départ, on savait que ce serait difficile de ce côté là, on savait parfaitement dans quoi on s’embarquait. Les jours que je suis un peu découragée, je me dis que chaque jour qui passe est mieux que le précédent. Il y a six mois, la communication était bien plus compliquée qu’aujourd’hui, alors dans six mois ce sera encore mieux.

Donc conclusion : ne pas partager la même langue maternelle que son partenaire, oui, c’est difficile. Mais ce n’est pas impossible d’avoir une belle relation quand même. C’est même plutôt amusant de s’enseigner l’un l’autre sa langue maternelle. Et puis, ce serait ridicule de dire qu’on ne peut pas être en couple avec la personne qu’on aime seulement parce qu’on ne parle pas la même langue. C’est quelque chose qui s’améliore à coup sûr. Et ça en vaut tellement la peine!

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Auteur : Jasmine

Jasmine is a 20-something years old French-Canadian student and part-time blogger who loves traveling, drawing, listening to (all kind of) music and eating (everything). To achieve one of her biggest dream, she went in Japan for two months and a half as a tourist in 2013. She was an exchange student at Daito Bunka University in Saitama (near Tokyo) during the year 2014 - 2015. She is now studying to eventually become a nurse back in Canada, so she lacks time to write about Japan. You can still read all her posts on her blog, since she'll let them there for you to enjoy :)

14 réflexions sur “Quand Un Couple Ne Partage Pas La Même Langue Maternelle

  1. Super beau texte. Puisque je suis quand même assez intéressé par les asiatiques ( étonnant ? ) et que j’aimerais bien un jour avoir un petit ami japonais, ça me donnes un bon aperçu des relations amoureuse internationales. Ca doit pas être facile tout les jours, mais point de vu culturel c’est super enrichissant.

  2. C’est toujours un plaisir de te lire Jasmine.

  3. C’est super comme article Jasmine ❤ Je suis contente pour toi 😀

    xxx Angie

  4. I’ll Have to wait until I can translate your blog on my computer. But I am really excited to begin following your blog.

    • Ohh you’re so sweet! I’m so sorry. Sometimes I think about writing in both languages, but it would probably take too much time… I don’t know.
      By the way, do you have a blog? I would like to read it 😀

  5. Salut!
    J’ai adoré ton article! Ton expérience est très importante pour moi car en ce moment je fréquente un garçon chinois qui vient tout juste d’arriver en France. il ne parle pas un mot de français mais vient de commencer à l’apprendre. Quant à moi, j’ai passé 2ans en Chine donc j’ai des bases de chinois. Nous communiquons exclusivement en chinois car son anglais est vraiment basique. J’ai peur que cette relation soit vouée à l’échec car je pense qu’au fil du temps je vais être frustrer de parler seulement dans sa langue…
    Merci pour cet article dans tous les cas, il m’a fait beaucoup réfléchir!

    • Bonjour!

      Je suis contente que cet article t’ai plu! C’est vrai que c’est frustrant, surtout à la longue, mais ce n’est pas impossible! C’est quelque chose qui ne peut qu’aller en s’améliorant, et c’est aussi une très bonne manière d’apprendre de nouvelles langues 🙂

      Je vous souhaite bonne chance, j’espère que vous serez heureux 😀

  6. Hello ! C’est la curiosité qui me pousse à t’écrire qu’en est-il de cette relation plus d’an après cet article ? Parles-tu « fluently » le Japonais et parle-t-il le Français-Québecois ?
    Je suis curieux de savoir.
    J’entretiens une relation avec une Philipppina depuis 3 ans et la langue que nous utilisons est l’Anglais mais l’an prochain je me rends là-bas et je regarde pour apprendre le Tagalog (langue officielle philippine).
    Merci d’avoir partagé ton expérience.

    • Bonjour!

      Je ne parle pas le japonais couramment, malheureusement. Mais je me suis beaucoup améliorée! L’année passée, j’étais à un niveau très basique, mais maintenant je me débrouille dans la vie de tous les jours au Japon. C’est quand je frôle des sujets avec un langage plus académique que j’ai de la difficulté.
      Je me suis moi-même surprise il y a quelques semaines en allant voir un film au cinéma (Shinjuku Swan) avec un langage très masculin et informel, et ce sans sous-titres. Je n’ai pas compris chaque phrases prononcées, mais j’ai suivi le film sans problèmes. Donc bon, ce n’est pas parfait, mais ça va!

      Mon copain, pour sa part, a commencé à apprendre le français plus sérieusement depuis quelque mois, puisqu’il viendra vivre au Canada durant un an à partir du mois d’avril prochain. Présentement, il connait les bases et il fait de son mieux. J’admire beaucoup ses efforts! Il est un bien meilleur étudiant que moi 😉

      Tout dépendant de chaque personne concernant l’apprentissage d’une langue, mais je crois qu’en un an d’immersion, il est possible d’avoir des conversations de tous les jours même si vous n’aviez aucune bases avant l’immersion. En deux ans, je crois qu’on se rapproche beaucoup d’un niveau avancé. Tout dépend à quel point vous vous immergez dans l’environnement.

      Bonne chance aux Philippines et avec le tagalog 😀

      • Merci jeune fille de cette jolie réponse et je crois que cela pourrait être un cas d’école. Je te souhaite tout le bonheur du monde avec ton compagnon.
        Pour l’heure avec mon amie nous communiquons en Anglais et comme toi avec ton ami elle a fait ressurgir une connaissance enfouie dans les méandres de mon cerveau.
        J’essaie d’apprendre le Tagalog sur le net pour communiquer là-bas et ton expérience me rassure même si j’ai trois ton âge.
        Be happy !

      • T’inquiète pour l’âge, un langue ça s’apprend peu importe quand 🙂 J’enseigne même l’anglais à des personnes âgées au Japon, et ça n’a jamais été un problèmes 😀

        Merci beaucoup pour les voeux, je vous souhaite d’être heureux aussi 😀

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