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Voyage au Japon, pays du soleil levant

Entre Deux Mondes

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Il y a quelque chose d’étrange dans le fait de voyager. Quand on quitte son pays, celui dans lequel on a vécu toute notre vie, celui où l’on considère que c’est chez soi, et qu’on part en voyage dans un autre pays pour y découvrir la culture, rien de bien particulier n’arrive.

Bien sûr, on risque de pleurer en regardant sa famille qui nous dit « au revoir » derrière la zone sécurisée des douanes, et on pense : « Mais qu’est-ce que je fiche ici? ». Mais aussitôt que l’avion décolle et qu’on est à l’intérieur, ce sentiment de tristesse s’évapore. Seule l’excitation pour l’aventure et la liberté restent, et on se souvient pourquoi on part (pour le moment). Mais quand on retourne de notre voyage, quand on reviens dans notre pays d’origine, qu’est-ce qui arrive à ce moment-là?

On ne pense jamais à ça avant de partir. Du moins, je n’y ai certainement pas prêté attention.

J’ai quitté le Canada en mars 2013 pour un voyage de presque trois mois au Japon, en me disant « C’est cool, je vais pouvoir découvrir un nouveau pays, et apprendre à me débrouiller par moi-même » (je vis toujours chez mes parents au Canada). Je pensais à toutes ces choses que je pourrais y faire, comme visiter des temples et des sanctuaires, aller à Tokyo, manger de la nourriture japonaise… tout ça, c’est totalement inoffensif, n’est-ce pas? Je vais juste aller là-bas, passer quelques mois de ma vie dans une culture complètement différente de la mienne, et puis voilà quoi, je vais revenir au Canada lorsque j’aurai terminé. C’est tout.

La réalité est un peu différente.

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Un coucher de soleil à Yokohama, Tokyo

En fait, quand on a toujours vécu au même endroit, quand on a toujours eu sensiblement la même routine, on prend certaine choses pour acquis. Des choses qu’on fait presque tous les jours de notre vie. On pense que c’est normal, que tout le monde vie de la même manière. On sait pourtant qu’il y a d’autres cultures que la nôtre. On sait aussi qu’il y a d’autres façon de vivre que la nôtre, mais on ne le réalise pas. Pas tant qu’on n’a pas vécu ces manières de vivre au quotidien, et certainement pas tant qu’on n’est pas entré en contact avec une autre culture.

Pour moi, cette entrée en contact, ou appelée communément le « choc culturel », n’a pas fait beaucoup de vagues au tout début. Quand je suis sortie de l’aéroport à ma première journée au Japon, je me suis tout de suite sentie bien. Je me suis sentie comme si je pouvais vivre là-bas. L’ambiance générale m’était chaleureuse. Peut-être que c’est à ce moment là que tout a commencé, où le sentiment d’être entre deux mondes, ou deux pays, a débuté. J’ai commencé à ressentir ça lentement, sans même m’en rendre compte. Et au beau milieu de mon voyage, j’ai réalisé qu’un jour, je devrais retourner au Canada, dans mes vieilles habitudes. Une semaine avant de quitter le Japon, j’ai pleuré en me disant qu’un jour, je ressentirais tout cela comme si ce n’était qu’un rêve. Un souvenir lointain, où les seules preuves que cela ait existé sont les photos que j’ai gardé précieusement.

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Le sanctuaire Fushimi-inari à Kyoto

Je ne voulais pas partir pour bien des raisons, mais l’une d’entres elles était que je ne voulais pas retourner dans mes anciennes habitudes, dans mon ancienne chambre, avec mon ancienne façon de vivre, où rien n’aurait changé pendant tout ce temps où j’étais ailleurs.

J’ai presque pleuré en voyant que mes parents m’avaient acheté un nouveau lit pendant que j’étais partie, en guise de surprise. Je ne peux exprimer à quel point j’étais soulagée à ce moment là. Ma chambre avait été changée. Ce petit détail a eu beaucoup d’effet sur moi ; je n’avais pas à retourner dans mes anciennes habitudes, essayant d’occuper cet ancien espace qui ne semblait plus me correspondre.

Quand j’étais au Japon, j’ai appris à prendre ma vie entre mes mains. J’ai découvert une nouvelle culture, j’ai vécu à l’intérieur d’une nouvelle culture que j’ai tranquillement fait mienne et que j’ai tenté d’incorporer à celle que j’avais déjà. J’avais un regard neuf sur mon pays d’origine, une vision que je n’avais jamais eu auparavant. Je voyais toujours mon pays comme étant magnifique, cela va sans dire. Mais j’ai vu certains éléments qui pourraient aussi y être améliorés. J’ai vu ce pays comme si l’un de mes deux yeux était celui d’un étranger. Certains appellent cela le « choc culturel de retour », mais je crois que c’est bien plus que ça. C’est vrai qu’on finit par redevenir confortable à l’intérieur de notre pays après un voyage, mais il y aura toujours une part de vous, aussi minuscule soit-elle, qui se sentira comme étrangère dans votre propre pays.

Et c’est que qui est le plus troublant des voyages. On part avec l’intention de découvrir un nouveau pays, et on revient en redécouvrant le nôtre aussi. On ne cesse de remettre en question des éléments de notre culture auxquels on n’avait jamais pensé auparavant. On ne se sent plus à la maison nulle part, ou du moins plus comme avant. C’est à ce moment qu’on se sent plutôt comme un citoyen du monde au lieu d’avoir une nationalité précise.

Ajoutez cela au fait que vous vous faites des amis dans le pays que vous visitez (et peut-être même commencez une histoire d’amour comme ce qui m’est arrivé), et vous êtes fichus. Peu importe l’endroit où vous serez, il y a toujours quelqu’un qui vous manquera. Ma famille et mes amis m’ont manqué lorsque je suis allée au Japon ; mes amis et mon amoureux me manquent lorsque je suis au Canada. Parfois j’ai l’impression que c’est comme une malédiction, et il n’y a strictement rien que je puisse faire. Juste apprendre à vivre avec.

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Mon amoureux et moi à Tokyo, décembre 2013

Et ça, c’était juste un petit deux mois et demie de voyage. Je ne peux même pas imaginer la vie d’un émigrant. Les effets du retour que j’ai ressenti sont probablement cent fois pire pour eux. Quand on arrive à une étape où on « visite » son pays d’origine, je ne peux pas savoir à quel point ça doit être étrange. J’imagine qu’on s’habitue.

Ironiquement, je retourne au Japon en septembre 2014 pour un an à l’étranger. Je sais que je revivrai le même scénario et que ça va probablement s’intensifier, mais de toute façon c’est déjà trop tard.

Voici mon petit conseil pour les gens qui préparent un voyage présentement : réfléchissez-y à deux fois. Si vous avez toujours eu envie de voyager à cet endroit et que vous avez de bonnes raisons de le faire, alors allez-y. C’est merveilleux, et c’est quelque chose que je ne regretterai jamais. Mais si vous tombez facilement proche de la dépression et que vous ne pouvez pas soutenir le fait d’être seul, alors je vous suggère d’oublier ça. Les mauvais côtés des voyages peuvent être très difficiles à surmonter parfois.

N’empêche que, c’était honnêtement l’expérience la plus incroyable que j’ai vécue.

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Auteur : Jasmine

Jasmine is a 20-something years old French-Canadian student and part-time blogger who loves traveling, drawing, listening to (all kind of) music and eating (everything). To achieve one of her biggest dream, she went in Japan for two months and a half as a tourist in 2013. She was an exchange student at Daito Bunka University in Saitama (near Tokyo) during the year 2014 - 2015. She is now studying to eventually become a nurse back in Canada, so she lacks time to write about Japan. You can still read all her posts on her blog, since she'll let them there for you to enjoy :)

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